Retour sur le Conseil d’installation du 21 mars 2026.

by Matthieu

Premier conseil de la nouvelle équipe municipale qui doit élire la mairesse ou le maire ainsi que les adjointes et les adjoints parmi les 27 conseillères et conseillers.

La victoire de la liste de M. Lovisolo étant sans appel, les deux autres listes n’ont que deux élus chacune. La majorité est donc écrasante : 23 conseillères et conseillers sur 27. De quoi être sereins, de quoi être détendus.

Et pourtant.

Le ton de ce premier conseil est immédiatement agressif et peu respectueux.

On comprend donc qu’il y a eu crime de lèse-majesté, on a osé proposer une alternative, on a osé remettre en cause une façon de faire de la politique, on a osé « s’opposer ». C’est ce défi, cette provocation qui expliquent en partie les attaques verbales et le mépris affiché. Cette réaction en dit long sur la façon de concevoir la politique. Le ton est d’entrée de jeu donné : les échanges et les débats risquent d’être tendus, l’écoute des avis divergents n’est pas une évidence.

Commençons par le commencement. L’élection du maire ou de la mairesse.

Les candidat.es sont priés de se déclarer, ce qu’ils font. Julien Gautier lève la main, personne ne semble le voir, M. Borel continue imperturbable, les autres membres du conseil regardent droit devant eux ; voyant que Julien Gautier et Tania Cortes se manifestent, M. Borel indique « il n’y a pas de présentation des candidats par règlement ». La scène est assez hallucinante. Y aurait-il un écran invisible qui cache les trois élus minoritaires présents ? Que nenni ! C’est comme s’ils n’étaient pas là, comme si tous les autres étaient entre eux, comme si rien n’avait changé. L’indifférence qui devient tangible, le bâillon virtuel. Tania Cortes souhaitait présenter les raisons qui l’avaient poussée à se présenter. On lui a refusé ce droit arguant que c’était interdit par le règlement. Ce qui est faux.

Après le vote, sans surprise, M. Lovisolo est officiellement devenu maire et a endossé son écharpe tricolore commençant sa série de blagounettes qui se veulent bon enfant et instaurent un climat de domination : le chef peut se moquer de tout un chacun, ça passe et une partie de l’assemblée glousse et applaudit. Petit florilège : « l’écharpe ? moi je l’ai oubliée ce matin, on était en panique. On va la trouver, on va la trouver ». Remerciant les anciens conseillers : « Unetelle, la plus grande d’entre nous. Et là elle est debout », humiliant et stupide.

Le tutoiement est également de rigueur, même si ses interlocuteurs le vouvoient. Cette attitude est elle aussi révélatrice de cette position dominante et infantilisante. Nous sommes dans un cadre officiel où chacun a été élu, ce genre d’attitude n’est pas acceptable. Même si « l’installation du conseil, c’est toujours un moment sympathique » comme M. Lovisolo dira pour clôturer la séance, une certaine tenue, un certain langage sont attendus. Au fil du temps, le tutoiement peut arriver, à force de travailler en bonne entente mais ici ce n’est pas le cas, c’est un tutoiement pour rabaisser, montrer qui est le patron. Et c’est bien vers une lutte de coqs que M. Lovisolo semble vouloir aller, invisibilisant totalement Mme Cortes et ne s’adressant qu’à M. Gautier. Là encore son attitude est symptomatique. Il veut un combat entre hommes, ne prend même pas en compte Mme Cortes mise sur la touche. Inadmissible.

Lors de son premier discours, le maire remercie les anciens conseillers municipaux pour leur travail magnifique, accueille chaleureusement les nouveaux et magnifiques conseillers, rappelle qu’être élu c’est une magnifique responsabilité, avoue que tout ne sera pas parfait, « qu’on fera parfois des erreurs mais on le fera en conscience », (il ne semble pas s’être rendu compte de ce lapsus), envoie des petites piques mesquines. Rappelant qu’ils ont été élus démocratiquement depuis quatre mandats et qu’on n’est pas dans une Royauté, M. Lovisolo remercie son père et ajoute « mon cher père, ça me fait plaisir, parce qu’en plus ça les énerve ». Eux/Nous. Attitude puérile et stérile qui augure mal de la suite.

Le moment de l’élection des adjoints arrive.

M. Gautier demande encore la parole, réponse : « Après, après, on va faire l’élection ». Après la lecture de la liste, M. Gautier peut enfin s’exprimer alors que la séance a commencé depuis plus de 30 minutes. Son discours durera 3 minutes pendant lesquelles il énonce, au nom de la liste, les attendus et l’esprit dans lequel Mme Cortes et lui conçoivent leur fonction. L’accent est mis sur l’humilité, l’envie de rendre vivante la démocratie dans le respect de chacun, sans attaque personnelle, la volonté de faire du conseil une instance délibérante sans que personne n’écrase personne. M. Gautier met également en relief, pour contrebalancer les 69% de votes recueillis par la liste, le fait que la majorité absolue des électrices et des électeurs du village n’ont pas voté pour la majorité municipale¹. Une question est posée au sujet du cumul des mandats. Comme seul commentaire, le maire dira « Tu voulais intervenir sur les adjoints mais je vois que c’est pas le sujet » ou comment décrédibiliser quelqu’un. La réponse sur le cumul est également agressive : « pour le cumul, il y a les lois de la République mais on sait que la République c’est toi », petit tacle politique nul et non avenu.

Lorsqu’on s’étonne de ne pas avoir eu à temps la liste des adjoints proposés et donc de ne pas avoir pu en déposer une, le maire botte en touche, noie le poisson pour ne pas reconnaître que leur façon de faire est une forme d’abus de pouvoir ou du moins de mépris. Les règles du jeu n’étaient pas données, on peut donc aisément bloquer l’adversaire et le mettre devant le fait accompli.

Cette séquence est la plus violente du conseil.

Comme la liste d’ajoint.es est quelque peu imposée, un certain flottement se ressent, et le maire, mal à l’aise ne s’adresse qu’à M. Gautier, entrant par-là même dans une sorte de duel qu’il veut imposer : « Tu t’opposes ou tu t’abstiens ? C’était le sujet d’avant les adjoints, donc t’as pas répondu sur les adjoints donc je te demande seulement la question (sic) à l’ordre du jour : est-ce que tu es contre, est-ce que tu es pour, est-ce que tu t’abstiens ? » Personne ne bouge, le maire ne supporte pas qu’on ne réagisse pas au doigt et à l’œil, qu’on n’obéisse pas sur-le-champ. « Oh, on passe au vote là ». M. Gautier tente de redemander la parole « Non c’est bon, tu t’abstiens ou tu votes ; on va pas y passer deux heures. Tu as pris 10 minutes le micro, c’est bien » ; « c’est pas compliqué je pense, même un avocat il peut y arriver ». Face à cette sortie, la foule réagit, on entend se lever un brouhaha choqué et quelques rires. Et le maire enchaîne, paternaliste « Les gars, c’est pas compliqué, voilà [toutes les mains, moins deux se lèvent en même temps, aux ordres]. Merci ». Les bons petits soldats ont fait ce qu’on attendait d’eux. Le maire demande tout de même, histoire de montrer qu’il respecte le protocole « Qui s’abstient ? » Deux mains se lèvent et presque en même temps, avant même qu’elles n’aient eu le temps de se rabaisser : « Très bien, merci » sur un ton sec et définitif, comme pour les évacuer, pour ne pas leur donner de poids.

Il ne s’agit que de ma perception de ce premier conseil municipal. Mais les faits et les mots sont là. Dommage que je ne puisse restituer l’attitude physique du maire, son langage corporel qui transpire la nonchalance et l’arrogance.

Le ton a donc été donné d’entrée de jeu.

S’imposer. Imposer le silence. Imposer la peur chez les colistiers. Un homme politique sûr de lui et qui œuvre pour sa commune ne réagit pas de façon aussi épidermique, aussi violemment.

Le conseil municipal prendra conscience, j’en suis certaine, de la bonne volonté, du travail, du sérieux, de l’ouverture de Mme Cortes et de M. Gautier et saura s’ouvrir au dialogue et à l’écoute. Et nous serons à côté d’eux pour travailler en commun.

  1. En effet seuls 65,77% des inscrit.es sont venus voter, la liste de M. Lovisolo a donc été élue par 44,78% des inscrit.es (source : https://www.resultats-elections.interieur.gouv.fr/municipales2026/ensemble_geographique/93/84/84133/ )